Évasion en Val de Loire, la féérie du Château du Rivau.

Évasion en Val de Loire, la féérie du Château du Rivau.

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Le Rivau : bien plus qu’un château de la Loire.

« Le Château du Rivau est probablement l’un des lieux les plus singuliers que j’ai visités ces dernières années. Et pourquoi cela ?Parce qu’il réussit à faire cohabiter avec une rare intelligence patrimoine, nature, gastronomie, humour, art contemporain et poésie. Parce qu’il parle autant aux adultes qu’aux enfants. Et parce qu’il nous rappelle finalement quelque chose d’essentiel : le merveilleux existe encore… à condition de prendre le temps de le regarder. » Laurence Trinquet.

L’histoire d’une renaissance féerique.

Lorsque l’on découvre les hautes tours du Rivau pointant au milieu de la campagne tourangelle, on comprend immédiatement que ce château ne ressemble pas aux ses homologues de la vallée de la Loire. Le domaine trouve ses origines au XIIIe siècle avant d’être profondément transformé au XVe siècle par Pierre de Beauvau, grand chambellan de Charles VII et proche du pouvoir royal. 

Les Beauvau, princes liés au royaume de Sicile, firent du Rivau un lieu stratégique et prestigieux. Jeanne d’Arc, elle-même, serait venue ici chercher des chevaux de guerre avant le siège d’Orléans.
Le cheval est d’ailleurs partout dans l’histoire du domaine. Les écuries Renaissance du Rivau sont considérées comme les plus anciennes écuries royales de France. François Ier y passa. Henri II poursuivit les transformations architecturales. 

Les canons de pierre, les cours de servitude, les tourelles ornées de coquilles Saint-Jacques ou encore les bâtiments Renaissance rappellent encore aujourd’hui cette puissance seigneuriale…puis le temps a fait son œuvre. 

Le château fut peu à peu abandonné avant d’être racheté au début des années 1990 par Patricia et Éric Laigneau. Beaucoup auraient fui devant l’ampleur du chantier. Eux ont décidé de sauver le Rivau.

Pendant plus de dix ans, ils vont restaurer le domaine pierre après pierre, redonner vie aux bâtiments, recréer les enduits, sauver les charpentes, reconstruire certaines fresques disparues lors d’un incendie survenu en 2010 et redonner une âme à ce lieu extraordinaire.

Mais Patricia Laigneau, historienne de l’art passionnée, ne voulait pas transformer le Rivau en simple château-musée figé dans le passé. Son idée était beaucoup plus audacieuse : faire du château un lieu vivant où patrimoine et art contemporain dialoguent en permanence. Et c’est précisément ce qui rend aujourd’hui le Rivau si singulier.

Les jardins du Rivau : un conte de fées à ciel ouvert.

Puis viennent les jardins… et là, l’émerveillement devient total.
Labellisés “Jardins Remarquables”, les quinze jardins du Rivau composent une promenade poétique pensée comme un immense récit merveilleux. Ici, tout semble conçu pour réveiller notre âme d’enfant.

Dès l’entrée, les lavandes accompagnent le regard vers les façades Renaissance du Rivau. Puis apparaissent les premières œuvres monumentales : les célèbres grandes bottes, la gigantesque taupe devenue mascotte du domaine, les sculptures géantes qui donnent l’impression soudain de devenir un Petit Poucet perdu dans une nature devenue immense.

Le château joue constamment avec les échelles, l’humour et les références littéraires. Patricia Laigneau explique d’ailleurs vouloir relier l’imaginaire aux grands récits de notre enfance. On traverse alors la forêt enchantée, le jardin des fées, le jardin des filtres d’amour, le bois amoureux, le labyrinthe ou encore le jardin de la princesse Raiponce. 

Chaque espace raconte une histoire différente. Certaines œuvres font sourire immédiatement. Les sept nains sont ici réinterprétés de manière décalée et politique. Plus loin, “La forêt qui court” avec ses immenses jambes symbolise la disparition progressive de la nature face aux activités humaines.

Au détour d’une allée surgit une autre surprise : les paons du Rivau. Ils sont sept, chacun porte un prénom et semblent parfaitement conscients de participer à la magie du lieu. Les paons blancs, presque irréels, déploient leurs plumes devant les visiteurs, comme s’ils offraient leur propre spectacle vivant.

Puis viennent les roses. Plus de 512 variétés parfumées embaument les jardins au printemps et en été. Roses anciennes, roses rouges, roses odorantes… le Rivau est devenu l’une des plus grandes roseraies du Val de Loire.

Le jardin des fleurs comestibles apporte encore une autre dimension au lieu. Ici, les plantes ne sont pas seulement décoratives : elles nourrissent aussi les cuisines du château. Partout, le vivant dialogue avec l’art contemporain. Et l’on se surprend à ralentir, observer, respirer… comme si le temps s’étirait différemment au Rivau.

“Métamorphoses” : l’exposition qui fait dialoguer les siècles.

Cette année et également en 2027, le Château du Rivau présente l’exposition “Métamorphoses”. Le thème s’inspire directement d’Ovide et de son idée fondatrice : rien n’est immobile. Tout change, évolue et se transforme. Et c’est exactement ce que propose le Rivau : regarder l’Histoire de l’Art autrement.

Dans les différentes salles du château, les œuvres contemporaines viennent dialoguer avec les collections anciennes, les tapisseries, les portraits, les objets Renaissance et les légendes médiévales. Dès la salle des portraits, le ton est donné. Les artistes contemporains revisitent les représentations anciennes pour questionner ce qui se cache derrière les apparences. 

Le portrait de François Ier devient presque une réflexion sur le pouvoir et l’identité. Le cabinet de curiosités plonge ensuite le visiteur dans un univers étrange peuplé de créatures hybrides, de références mythologiques et de bestiaires fantastiques. 

Dans le grand logis apparaissent dragons, licornes et animaux fantastiques. Nicolas Darrot revisite notamment la légende de Saint Eustache et du cerf mystique dans une œuvre fascinante. Une sculpture troublante de Patrick van Caeckenbergh représentant un couple marqué par des points noirs évoque, quant à elle, le hasard amoureux et le jeu de dés de la destinée. La salle du festin détourne avec humour les références bibliques et les grands repas d’apparat. Certaines œuvres inspirées d’Arcimboldo dénoncent aussi la chasse et notre rapport à l’animal.

Dans la salle des dames, les représentations féminines sont revisitées avec beaucoup de subtilité. La célèbre Dame à la licorne perd ici son symbole traditionnel de chasteté dans une réinterprétation contemporaine pleine d’ironie. La licorne traverse d’ailleurs tout le parcours du Rivau comme un symbole permanent du merveilleux.

L’espace consacré à Jeanne d’Arc est particulièrement émouvant. On y découvre toutes les facettes du mythe : la guerrière, la bergère, la sainte, l’icône populaire ou encore l’héroïne tragique.

Ce qui rend cette exposition passionnante, c’est sa capacité à raconter l’Histoire de l’Art avec humour, intelligence et accessibilité. On apprend sans jamais s’ennuyer. On sourit souvent…et surtout… on s’émerveille constamment.

Déjeuner ou dîner ... Rester au Château !

Le Jardin Secret : un dîner gastronomique au cœur du merveilleux.

Lorsque le soir tombe sur le Rivau  et que les visiteurs repartent peu à peu, le château devient encore plus magique. Le restaurant gastronomique, Le Jardin Secret, s’ouvre alors comme une parenthèse élégante et apaisante au milieu des roses et des jardins. Sous cette verrière raffinée, la nature semble entrer directement dans l’assiette.

Le chef Antoine Lopez dirige les deux restaurants du domaine. Originaire du Val de Loire, il a grandi dans la région avant de parcourir la France et le monde : Suisse, Belgique, Pologne, Martinique, Japon… Des voyages qui nourrissent aujourd’hui sa cuisine à la fois enracinée dans le terroir et ouverte aux influences plus lointaines.

Sa carte change chaque mois au rythme des récoltes du potager et des saisons. Ici, la fleur n’est jamais un simple décor. Elle devient un ingrédient à part entière. Bourrache, herbes fraîches, pétales, plantes aromatiques et légumes du jardin composent des assiettes qui ressemblent à des tableaux.

Le repas débute par un délicat gaspacho mentholé servi en amuse-bouche, d’une grande fraîcheur. Puis arrive l’entrée autour de la langoustine et du bœuf. Une assiette magnifique où les textures, les fleurs et les touches végétales jouent sur les contrastes avec beaucoup d’élégance. Le chevreau poursuit cette ode au terroir avec une viande tendre, accompagnée d’asperges grillées et d’un jus délicatement parfumé. Le plateau de fromage est également très variés et nous offre un choix pour tous les palais.  Le dessert autour de la fraise conclut le repas avec fraîcheur et légèreté dans un esprit presque printanier.

Les accords mets-vins sont eux aussi particulièrement réussis, notamment avec les vins de Chinon proposés durant le dîner. Même les pains participent pleinement à l’expérience gastronomique. Mais ce qui frappe surtout, c’est cette cohérence absolue entre le lieu, les jardins et la cuisine. Ici, la gastronomie prolonge véritablement l’expérience du Rivau.

La Table des Fées : une pause bistronomique conviviale.

Changement d’ambiance pour le déjeuner avec La Table des Fées, la table bistronomique du domaine. Dans une salle chaleureuse aux pierres apparentes et aux décors médiévaux revisités avec fantaisie, la cuisine célèbre les circuits courts et les producteurs locaux.

Le ceviche d’aiglefin apporte une belle fraîcheur avec ses notes acidulées et ses fleurs comestibles. Le demi coquelet aux œufs d’or séduit par sa cuisson tendre et généreuse, accompagné de légumes de saison et d’herbes fraîches du jardin. Puis vient la crêpe banane et pâte à tartiner, gourmande et régressive, parfaite pour conclure ce déjeuner convivial. Ici encore, le jardin nourrit directement l’assiette.

Dormir au Rivau : des chambres comme des décors de roman.

Dormir au Rivau ne ressemble pas à une simple nuit d’hôtel.
Les sept chambres du domaine ont chacune été imaginées comme des univers à part entière mêlant mobilier ancien, œuvres contemporaines et références historiques.

La chambre Médicis évoque ainsi Catherine de Médicis à travers tissus anciens venus des Indes, photographies contemporaines et références au monde équestre. La chambre Aliénor, plus intime, revisite l’univers médiéval avec délicatesse. La chambre La Pietà mélange lit à baldaquin, œuvre d’art inspirée d’un artiste espagnol et ancienne latrine transformée en salle de bain. Quant à la suite nuptiale installée dans une tour, elle semble sortie d’un véritable conte de fées.

Patricia Laigneau aime mélanger œuvres contemporaines et mobilier d’époque dans chacune des chambres afin de prolonger cette idée permanente de dialogue entre les siècles. Le soir, lorsque les jardins retrouvent leur silence et que seuls quelques paons traversent encore les allées, une atmosphère profondément apaisante envahit le domaine. On ne dort pas simplement au Rivau. On vit au château le temps d’une nuit.

Le petit-déjeuner : réveil gourmand au château.

Le lendemain matin, le petit-déjeuner prolonge cette parenthèse enchantée avec une généreuse sélection de produits frais et locaux.
Viennoiseries croustillantes, pains artisanaux, fruits frais, fromages, confitures maison et douceurs du terroir composent un buffet franchement royal pour démarrer une nouvelle journée.

Prolonger l’expérience d'une vie de château.

Avant de repartir, impossible de résister à la boutique du Rivau.
Vins, douceurs artisanales, objets inspirés des jardins, créations poétiques, produits locaux et souvenirs féeriques… pour rapporter un peu du Rivau dans votre valise. 

Un château vivant pour les petits et les grands.

Le Rivau ne se contente pas d’être magnifique. Sa visite est pensée pour tous les publics. Chasses aux œufs à Pâques, Fête des Roses en juin, escape games, ateliers botaniques, Halloween féerique, animations médiévales, parcours immersifs, joutes et événements familiaux donnent envie de revenir à chaque saison. Au Rivau, tout semble pensé pour faire rêver !

La consommation d’alcool est interdite aux moins de 18 ans. L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. – A consommer avec modération.

Laurence Trinquet 28/05/2026